EL-KEF
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LA SYNAGOGUE
AL GHRIBA
Texte de Mohamed Tlili

(Rue Maâraket el karama)

Si la communauté juive tunisienne avait un certain nombre de synagogues, celle du Kef devait s’en distinguer par la présence d’une synagogue désignée sous le rare nom de Ghriba tout comme celles de Jerba, d’Ariana, de Nabeul et d’Annaba. Cette distinction est d’autant plus remarquable que le sanctuaire était l’objet d’une vénération toute particulière et d’un fervent pèlerinage. Ce qui est encore plus curieux c’est que pour les Musulmans el Ghriba est également une sainte vénérée sous le nom de Halima. On lui offre de l’huile pour l’éclairage et l’on partage avec la communauté juive de nombreuses traditions et fêtes. On remarque aussi, dans la grande salle de prière de la synagogue la curieuse présence du catafalque de Sidi Abdelqader.

On connaît mal en réalité l’histoire de la présence juive dans la ville et la date de la construction d’el-Ghriba. On doit remarquer toutefois que la ville est située au centre de la mouvance des Chabbias et des grandes tribus seigneuriales des Béni Channouf, des Hnanenchas et des Drids, où l’on relève la présence des insolites Yihud el’arab (les Juifs des Bédouins) bahoussa, bahussia , bahutsim, de l’hébreu ba-huts= du dehors, Juifs nomades vivant sous la tente. On a souvent signalé au Kef une nombreuse communauté juive. La plus ancienne mention des Juifs au Kef devait remonter à G. Dupont (1744). L’implantation de la Ghriba à la périphérie de l’enceinte du XVIIe et de la hara primitive semble confirmer une origine beaucoup plus ancienne encore.

Située depuis le XVIIe au cœur de la nouvelle hara, el-Ghriba est séparée de l’ancienne dar es-s’ouda par la rue. El-Ghriba proprement dit est composée d’une courette flanquée d’un petit préau qui, d’après le mode de construction, semble appartenir à l’ancien édifice avant sa rénovation entre les deux guerres. La principale salle, de forme carrée, ouvre à gauche sur une petite pièce annexe où l’on remarque la curieuse présence du catafalque de Sidi Abd el-Qadir. Elle est flanquée sur les trois côtés de bancs maçonnés et les murs sont décorés de nombreuses planches funéraires portant des épitaphes et des lampes à huile. Au milieu de la salle est aménagée la "Bimâh " pour la lecture de la Thora. Quant au "Hékhal ", il est aménagé au milieu du mur sud. Celui-ci est composé d’une grande armoire sacrée où de très précieux et rares objets liturgiques sont exposés dont un coffret en bois contenant les rouleaux de la Loi.

En restaurant el-Ghriba du Kef, les autorités tunisiennes n’ont fait que s’inscrire dans les traditions millénaires de tolérance du pays et respecté les lieux saints des autres religions. La synagogue continue à bénéficier de fréquentes visites de la part de la communauté juive tunisienne et keffoise en particulier et de nombreux autres fidèles venus d’horizons divers.

 

EL HARA (Quartier juif)

Formé à la périphérie sud des anciens souks de Bou Makhlouf et atteignant presque la porte de Beb Bin Anin, le quartier juif (el Hara) forme en réalité la véritable colonne vertébrale commerciale de la vieille médina. C’est tout le long de cet axe que les principales activités commerciales et artisanales devaient se greffer et évoluer. Polarisé autour d’el-Ghriba, le quartier est constitué tout aussi bien des maisons des familles que de leurs échoppes. De ces anciennes activités, l’actuelle ruelle garde encore le souvenir des anciens bijoutiers juifs. D’autres activités telles que la mercerie ou la confection des souliers avaient, jusqu’à une date récente, continué à animer cette artère.