EL-KEF

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Itinéraire facultatif

Zawiya el-Qadriya

(Avenue Beb esh-Sherfeiin)

Fondée en 1824 par el-Haj Mohamed Bin Ammar el-Mazouni el-Gharbi, originaire, semble-t-il, de Mazouna en Oranie (Algerie), la confrérie Qadria du Kef connaîtra une extension extraordinaire en Tunisie et dans l’Est Algérien. Son rayon d’action, estimé à plus de 150 km, ses adhérents dans la région comptaient plus de 5911 personnes (39,59%) qui se recrutaient en particulier chez les tribus Ounifa.  Elle avait acquis, par ce nombre et par sa richesse, estimée à plus de 3.000.000 fr., à l’époque, un grand poids politique qui allait peser lourdement, au moment de l’occupation de la ville du Kef par les troupes françaises en 1881.

Décédé en 1878, Sidi el-Mazouni sera remplacé par son fils adoptif Qaddour, ami de Bernard Roy, agent consulaire français au Kef et futur secrétaire général du Gouvernement Tunisien. A la mort de Qaddour en 1916, son petit-fils : Ahmed prendra la relève, décédé en 1941, Ahmed sera remplacé, à la tête de la confrérie par son fils Abdelhafidh, ce dernier assistera, à l’indépendance, à la dissolution de la Zawiya et à la liquidation des ses Habous. La mosquée fut reconvertie en un moment en une bibliothèque publique, quant au reste du quartier il a dû être rasé pour laisser la place au palais présidentiel.

Au début de son installation au Kef, Sidi Al Mizouni se contenta de la petite mosquée de Sidi Bou Derbala, située à proximité. La mosquée oratoire d’el-Qadriya, séparée du reste du quartier confrérique, fut élevée à l’endroit d’un ancien cimetière périphérique abandonné. Située à gauche de la route qui mène à el-Qasba, la mosquée est, de toutes celles de la ville, la plus démonstrative. Si l’ensemble architectural et volumétrique est des plus harmonieux, la décoration, alliant sobriété et richesse modérée des éléments décoratifs, est une belle réussite. Elle est démonstrative, du point de vue fonctionnel, car elle comporte, pratiquement, tous les organes, composant une mosquée-type : minaret, façade principale avec porche, cour, "midha "(salle des ablutions), mederça, salle de prière, salle de l’imam, turba, cimetière, jardin. On note toutefois le beau minaret carré, octogonal à l’origine, reproduisant le modèle almohade d’el-Qasba et de la Zitouna de Tunis.

Plusieurs interventions sont venues équilibrer et enrichir l’ensemble, tel que le remplacement, à la fin du siècle dernier, de la coupole simple de la salle de prière par les coupoles actuelles et l’élévation de l’actuel minaret à la place de l’ancien en 1919. Ces derniers travaux avaient, notamment, touché la façade de l’entrée principale et les fenêtres circulaires des coupoles, à l’origine de forme rectangulaire. D’autres aménagements furent apportés, au début des années cinquante, en vue d’améliorer, encore mieux, la façade. Chaque Sheikh tenait à y laisser les traces de son passage, le plus remarquable fut celui du minaret, reconstruit du temps d’Ahmed Qaddour, consigné dans un long poème commémoratif gravé dans un très joli panneau en marbre encastré dans la base du minaret.

On accède à la mosquée par des escaliers qui aboutissent à l’entrée principale orientée vers le Sud et faisant face à un très joli petit jardin. Sur la grille métallique de l’entrée principale, une inscription en fer forgé indique le mausolée du fondateur et de la date de son décès. Une simple vestibule donne sur la cour pavée où donnent toutes les différentes pièces en particulier la porte du minaret, celle de la turba et celle de la grande salle de prière qui ouvre vers le sud et dans le même axe que l’entrée principale.

La grande salle, joliment décorée de l’intérieur par des panneaux de céramique, comportant quatre colonnes au milieu, est recouverte d’une grande coupole centrale confortée, sur chaque côté par des "fakrounas "(demi-voûtes surbaissées) et de quatre coupolettes dans chaque coin, à l’exemple de celle de Sidi Mehrez de Tunis, dont le mode de couverture est d’origine ottomane.